Tous les articles par Custer Basey

Pause Vidéo #2

 Avant d’être un formidable robinet à merdes en tout genre, Youtube est aussi un lieu de potentielles découvertes. Le suivi personnalisé de vos vues reste, quand on est un peu curieux, un moyen pratique et pas fatigant pour mettre les oreilles sur quelques pépites.

 C’est ainsi qu’au gré de mes clics sur le mulot via les vidéos proposées et supposément censées m’intéresser, j’ai découvert This Gift Is A Curse, groupe fondé en 2008 à Stockholm. Évoluant dans le créneau assez « niche » du post-hardcore/sludge/black/y’en a un peu plus je vous le mets quand même, This Gift Is A Curse débarque avec un premier album, I, Gvilt Bearer, à la violence hallucinante et pose les bases d’un univers noir, torturé et asphyxiant. Ils transforment l’essai avec leur deuxième méfait, All Hail The Swinelord, aux ambiances encore plus sépulcrales au milieu d’un déluge de saturation et de hurlements.

 C’est alors vierge de toutes ces connaissances que j’ai découvert le clip de XI : For I Am The Fire et… Wow ! Près de 9 minutes d’un visuel charbonneux où la luminosité est poussée (volontairement ?) trop fort et d’une imagerie flirtant avec un occultisme dérangeant. Dérangeant est d’ailleurs le maitre-mot ici. Alors qu’on imagine très bien une bande gus en pleine forêt en train de se filmer avec un appareil photo HD, costumés à la va-vite en Nazgul de chez Franprix (je suis certain que les acteurs n’y voyaient rien !), le montage, les gros plans et l’ambiance absolument délétère qui suinte de chaque image leur permettent de ne pas tomber dans un ridicule kitsch plombant l’entreprise. En même temps, avec un chanson aussi lourde, même un pot de cornichons filmé en gros plan aurait été terrifiant. Un chanteur qui a perdu pied, des chœurs féminins sans espoir et un final qui rend fou…

 Pour les cœurs vaillants et les grands garçons !

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Pause vidéo

 Il est des journées de merde qu’un rien peut embellir. Alors que François Rollin annonce quitter l’art de la scène car elle ne lui permet plus d’en vivre, que les acteurs, réalisateurs et musiciens décèdent à tour de bras (Claude Rich, Chris Cornell, Georges Romero…) tandis que Kev Adams pète la santé et que Christine Angot devient la nouvelle chroniqueuse de Ruquier, j’apprends que Converge va sortir un nouvel album. Cerise sur la gâteau, Converge sort un premier single. Rayon de soleil, sourire niais qui barre mon visage, renflement des corps caverneux… Nous sommes peu de choses, surtout moi.

 Comme vous êtes de sombres ignorants, je rappelle que Converge est un groupe de hardcore, probablement le plus influent par son mélange de punk, de metal et de noise. Apparu au début des années 90, le groupe est co-fondé par le guitariste/technicien du son/bidouilleur Kurt Ballou et l’âme damné Jacob Bannon, chanteur écorché vif. Converge explose vraiment à la face du monde avec leur indispensable quatrième album Jane Doe paru en 2002, alchimie improbable d’une musicalité féroce et d’une poésie noire. Loin de s’en tenir aux clichés de son « style », Converge baguenaude entre hardcore ultra-violent et expérimentation mélodique, voix claires et passages hypnotiques, rage et désespoir. Tout est noir, brutal et sans espoir mais parfois la beauté perce et se fraie un chemin vers nos cœurs cyniques.

 Bref, Converge évolue, grandit et sort donc aujourd’hui un nouveau morceau qu’il serait criminel de zapper. Un titre qui met de suite dans l’ambiance : I Can Tell You About Pain. Tout est dit ! Et alors que l’on pourrait craindre un ramollissement dû à une carrière déjà bien longue, le morceau démarre en trombe, vous attrape à la gorge et ne vous lâchera plus jusqu’à son final APOCALYPTIQUE ! 2 minutes au garrot, un Ben Koller virevoltant derrière ses fûts, un déluge de notes, des amplis au bord du malaise vagal et un Jacob Bannon au stade terminal dans son chant versatile. Il faut l’entendre pousser ses derniers soupirs sur « You Don’t Know What My Pain Feels Like » pour comprendre que le bonhomme trempe toujours dans un mal-être effroyable. Et c’est être d’un cynisme honteux que de dire « tant mieux » tant cela forge l’identité de ce groupe et nous sauve de la multitude de formations metalcore qui se copient les uns les autre sans fond ni passion. Mais voilà, comme il serait inconcevable de voir un jour Glen Benton présenter Le Jour Du Seigneur, Converge ne peut se départir de ce saut dans le vide que représente chacune de ses chansons et qui nous colle la chair de poule à leur écoute. Tout simplement parce qu’il n’y a pas de triche, pas de pose, pas de jeu. Ce groupe est brutalement honnête.

 La vidéo tirée de ce brûlot campe bien sur ces positions puisque nous baignons joyeusement dans une mise en images inspirées par David Lynch, avec un caméo de Shawn Knight des Child Bite (sosie officiel, barbe comprise, de Neil Fallon de Clutch. J’ai cru que c’était lui la première fois !) et un acteur principal que je suis persuadé d’avoir déjà vu quelque part. Pour le reste… Douleur, solitude et amour lointain.

 Le boss est bientôt de retour et c’est très excitant.